La scène politique kasaïenne s’est de nouveau tendue ce samedi 29, après la marche menée par la Fondation Faustin Kambala, structure affiliée au directeur de cabinet du gouverneur, Faustin Kambala, pour s’opposer à la question orale avec débat initiée contre l’autorité provinciale par le député Jean Calvin Mingashanga. Une initiative parlementaire pourtant prévue par la Constitution et considérée par plusieurs observateurs comme un exercice normal de reddition des comptes.

La marche, à laquelle ont pris part des proches du gouverneur Crispin Mukendi, a été perçue par une partie de l’opinion comme une tentative de délégitimer un mécanisme institutionnel pourtant légal. L’implication directe du cercle familial du gouverneur, dont l’influence est attribuée au directeur de cabinet, a suscité de vives réactions parmi les analystes politiques et une partie de la société civile, qui y voient un risque de dérive vers une personnalisation du pouvoir.

Dès lors, une question cruciale se pose : que se passerait-il si d’autres communautés, estimant avoir elles aussi voix au chapitre, descendaient à leur tour dans la rue pour défendre leurs positions politiques ou contester les institutions ? Le spectre d’une montée des tensions communautaires inquiète, au moment où la province fait face à des défis majeurs en matière de gouvernance, de transparence et de stabilité.

Pour plusieurs analystes politiques, la controverse dépasse le seul cadre de la procédure parlementaire ; elle interroge la perception du pouvoir public au Kasaï. Le gouverneur, rarement présent devant la presse et peu engagé dans les échanges directs avec les députés, fait face à une situation où la moindre interpellation est interprétée par son entourage comme un acharnement. Pourtant, rappellent les spécialistes, le contrôle parlementaire n’a rien d’hostile : il constitue l’un des piliers de la démocratie.

Des voix s’élèvent pour appeler à plus de maturité politique et à une culture institutionnelle plus forte. Un gouverneur ne devrait pas être perçu comme une entité intouchable, rappellent-elles, mais comme un gestionnaire mandaté par le peuple et redevable devant les élus. La province n’est pas un patrimoine privé, et les émotions communautaires ne devraient pas se substituer au débat républicain.

La question orale du député Mingashanga, qualifiée par certains de manœuvre politique, est pourtant reconnue dans les textes comme un droit parlementaire. La réduire à une attaque personnelle ou communautaire, soulignent plusieurs analystes, reviendrait à fragiliser les institutions et à banaliser le principe de reddition des comptes.

Le Kasaï traverse un moment charnière. Entre revendications, incompréhensions et crispations, l’avenir institutionnel de la province se joue aussi dans sa capacité à accepter le débat public, même lorsqu’il dérange. Une province qui grandit est une province qui questionne, interroge et exige des comptes — sans se diviser.

Pierre Kandayi

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