Dans une lettre-manifeste rédigée depuis son lieu de détention, l’ancien ministre de la Justice, Constant Mutamba, rompt le silence. Il clame son innocence et accuse le pouvoir judiciaire d’avoir été utilisé comme un outil de règlement de comptes politiques. Ce document poignant, largement relayé sur les réseaux sociaux, dépeint un homme déterminé, qui dit assumer son combat malgré ce qu’il considère comme une condamnation arbitraire.
Procès politique et machination présumée
Constant Mutamba affirme être victime d’un « complot politique » monté par des acteurs congolais et rwandais. Il dénonce la transformation, selon lui illégale, de son dossier d’une procédure administrative en procédure pénale. L’ancien ministre nie fermement l’accusation de détournement de 19 millions de dollars, précisant que l’argent incriminé est toujours logé à la banque.
Dans sa lettre, il évoque aussi l’existence d’une campagne médiatique de diffamation contre lui, financée à hauteur de plus de 2 millions de dollars. Pour lui, l’objectif était clair : salir son image et neutraliser sa voix.
Dérives judiciaires et dénonciation d’un système mafieux
Mutamba accuse certaines institutions, notamment la Cour constitutionnelle, d’avoir ignoré ses requêtes, ce qu’il qualifie de « déni de justice ». Il affirme que la justice congolaise est aujourd’hui instrumentalisée, incapable de garantir les droits des citoyens, et utilisée pour museler les voix dissidentes.
Il déplore que ce système judiciaire, selon lui gangréné, n’ait fait que diviser la nation, en affaiblissant la cohésion sociale et en alimentant une crise de confiance envers les institutions.
Soutien au président Tshisekedi mais mise en garde
Fait marquant, Mutamba ne remet pas en cause directement le président Félix Tshisekedi, qu’il décrit comme « mal compris » et mal protégé. Il accuse plutôt certains membres de son entourage de manipuler la justice et de saboter les efforts de ceux qui veulent réellement aider le Chef de l’État. Ces individus, selon lui, montent de faux dossiers pour écarter les alliés du régime.
Un appel à l’unité nationale
Dans un contexte de crise sécuritaire aiguë à l’Est, il juge « absurde » de « perdre un lieutenant » en pleine guerre contre le M23/AFC. Il insiste sur le fait que l’unité nationale aurait dû primer, afin de répondre efficacement aux défis dans des villes comme Goma, Bukavu ou Rutshuru.
Un message de combat et de détermination
L’ancien ministre conclut sa lettre par un appel à la résistance, à la réforme du système judiciaire et à l’éveil citoyen. Il remercie le peuple congolais pour sa mobilisation, rend hommage à Maître Alidor Kahisha et Bonette Elombe, morts selon lui dans cette lutte, et assure qu’il continuera à défendre ses convictions, malgré l’emprisonnement.
Citation forte :
« La patrie ou la mort, nous vaincrons ! »
Cette lettre renforce le débat autour de l’indépendance de la justice congolaise, au cœur de nombreuses préoccupations tant sur le plan national qu’international.
Joël Tshimuanga
