Du 5 au 10 juin 2000, la ville de Kisangani, dans le nord-est de la République démocratique du Congo, a été le théâtre de l’un des épisodes les plus meurtriers de la Deuxième Guerre du Congo : la guerre des six jours. Pendant près d’une semaine, des affrontements d’une rare intensité ont opposé les armées ougandaise et rwandaise, plongeant la population civile dans un cauchemar sans précédent.
Selon l’organisation de défense des droits de l’homme Justice et Libération, basée à Kisangani, ces combats ont causé environ 1 000 morts et fait au moins 3 000 blessés, dont une majorité de civils. Le conflit doit son nom à sa durée « six jours » mais également à la concordance de ses dates avec la guerre des Six Jours de 1967 au Moyen-Orient.
Avant ces événements de juin 2000, Kisangani avait déjà été le théâtre d’affrontements entre les forces rwandaises et ougandaises, notamment en août 1999 et en mai 2000. Toutefois, les combats de juin restent les plus violents. Entre 7 000 et 10 000 obus auraient été tirés sur la ville, causant des destructions massives.
Les infrastructures civiles ont été durement touchées. Des habitations, hôpitaux, commerces, lieux de culte et bâtiments publics ont été détruits ou endommagés. Parmi les sites les plus emblématiques figurent la centrale hydroélectrique de la Tshopo, l’Institut Lisanga et la cathédrale Notre-Dame.
Au cœur de ces affrontements, le contrôle des ressources minières de la région. L’Armée patriotique rwandaise (APR) et l’Uganda People’s Defence Force (UPDF) se disputaient l’influence sur cette zone stratégique, au mépris des conséquences humanitaires.
Au-delà des pertes humaines, la guerre des six jours a laissé des cicatrices durables. Des centaines de personnes vivent encore avec des mutilations physiques. De nombreuses familles ont été décimées, laissant derrière elles des orphelins. Des femmes ont été victimes de violences sexuelles, souvent après avoir assisté à la mort de leurs proches ou à l’enlèvement de leurs enfants.
Plus de vingt ans après les faits, les victimes continuent de réclamer justice et réparation. Le médecin congolais Denis Mukwege, lauréat du prix Nobel de la paix 2018, plaide pour la reconnaissance des préjudices subis et la mise en place de mécanismes de justice, notamment un tribunal pénal international pour la RDC.
Il appelle également à l’érection de mémoriaux afin de préserver la mémoire des victimes et à des réformes profondes pour éviter la répétition de telles tragédies.
Jean-Paul Kanku
