La situation demeure extrêmement tendue dans le territoire de Dekese, dans la province du Kasaï, où de graves accusations de violations des droits humains secouent depuis plusieurs jours le village Bongondo. Au centre de cette affaire : l’administrateur du territoire, Patrick Bassa Belomo, accusé par plusieurs habitants et proches du prophète BOPE BOPE, connu sous le nom de Tshianza tshia Nzambi, d’avoir orchestré des actes de pillages, de tortures et d’arrestations arbitraires.
Selon des témoignages recueillis sur place auprès d’un défenseur des droits humains, les incidents remontent au 19 mai dernier, après l’arrivée du prophète BOPE à Bongondo dans le cadre d’une mission évangélique. D’après ces sources, l’homme de Dieu aurait été invité par des chefs coutumiers de la région afin d’apporter une assistance spirituelle à une population confrontée à des phénomènes mystiques et à plusieurs cas de troubles mentaux.
Contacté par notre rédaction, le prophète BOPE Tshianza tshia Nzambi rejette catégoriquement les accusations portées contre lui par les autorités territoriales. Il affirme n’avoir jamais créé de cachots ni détenu illégalement des personnes.
> « Je suis un homme de Dieu reconnu en République démocratique du Congo. Si je suis allé à Dekese, c’était à la demande des chefs coutumiers et de la population. Les maisons évoquées n’étaient pas des prisons, mais des lieux de permanence destinés à accueillir des malades et des personnes souffrant de troubles mentaux », a-t-il déclaré.
Le responsable religieux accuse à son tour l’administrateur du territoire d’être l’auteur des violences commises contre ses adeptes et la population locale.
> « Monsieur Patrick Bassa Belomo a fait massacrer des habitants. Mes téléphones, ordinateurs, de l’argent ainsi que plusieurs biens de valeur ont été emportés par les services de sécurité qui l’accompagnaient », soutient-il.
De son côté, l’administrateur du territoire de Dekese rejette en bloc ces accusations. Patrick Bassa Belomo affirme avoir agi dans le strict respect de ses responsabilités en tant que représentant de l’État afin de mettre fin à ce qu’il qualifie de dérives graves.
Selon lui, le prophète BOPE se serait transformé en « autorité parallèle », procédant à des arrestations et à des détentions arbitraires sous prétexte de lutter contre la sorcellerie.
> « J’ai agi comme représentant direct du Chef de l’État pour stopper l’hémorragie. Des personnes étaient enfermées et accusées de sorcellerie. Certaines auraient même perdu la vie. Je ne pouvais pas laisser la population souffrir davantage », a déclaré l’AT de Dekese.
Alors que les deux parties se rejettent mutuellement la responsabilité des violences, plusieurs voix s’élèvent pour réclamer l’ouverture d’une enquête indépendante afin d’établir les responsabilités et faire toute la lumière sur ces événements qui alimentent la psychose au sein de la population de Bongondo.
Pour l’heure, la situation reste préoccupante dans cette partie du Kasaï où les tensions demeurent vives entre les autorités locales, les adeptes du mouvement religieux et une partie de la population.
Bosco YAMBA
