Lors d’une conférence organisée par la Fédération Nationale des Jeunes Entrepreneurs du Congo (FNJEC), réunissant jeunes entrepreneurs, députés provinciaux, acteurs économiques et artisans miniers, l’économiste et entrepreneur Samuel Mulenda, également journaliste et Directeur Général du groupe de presse Identité, a mis en lumière une problématique majeure qui freine l’essor de l’entrepreneuriat en République démocratique du Congo.
Selon lui, de nombreux jeunes entrepreneurs évoluent dans des marchés où la concurrence est fortement influencée par l’appartenance tribale ou ethnique, réduisant considérablement leur accès aux opportunités économiques.
Au cours de son intervention, Samuel Mulenda a directement interpellé un député provincial, lui-même entrepreneur :
> « Honorable Député, lorsqu’un jeune crée son entreprise, investit ses ressources et fournit un travail de qualité, mais se retrouve systématiquement exclu des marchés parce qu’il n’appartient pas à une certaine communauté, comment peut-il survivre et se développer dans un environnement où la concurrence devient tribalo-ethnique ? Et quel conseil donneriez-vous à ce jeune pour valoriser son talent ? »
Une interrogation qui, selon plusieurs participants, reflète une réalité vécue par de nombreux jeunes entrepreneurs congolais. La discrimination identitaire devient progressivement un obstacle structurel, freinant l’innovation, limitant la croissance des entreprises et réduisant les chances de réussite économique.
Samuel Mulenda estime que la compétence et l’innovation ne suffisent plus lorsque l’accès aux marchés dépend de critères identitaires. Une situation qui, selon lui, fragilise la méritocratie, décourage l’investissement privé et ralentit l’émergence d’entreprises compétitives.
> « Lorsqu’un marché fonctionne sur des bases identitaires plutôt que sur la performance et la valeur ajoutée, il ne s’agit pas seulement d’une injustice sociale, mais d’un véritable problème économique », a-t-il insisté.
Propositions aux gouvernements et décideurs
Pour remédier à cette situation, Samuel Mulenda recommande aux pouvoirs publics de garantir que l’attribution des marchés repose exclusivement sur la compétence, la qualité des services et le respect des normes.
Il préconise notamment :
La digitalisation et la transparence des appels d’offres afin de réduire les interférences subjectives ;
La mise en place de mécanismes de recours accessibles aux jeunes entrepreneurs ;
La sensibilisation des autorités locales aux impacts économiques négatifs des pratiques discriminatoires, notamment la réduction des investissements et le ralentissement de la croissance.
Recommandations aux partenaires économiques et financiers
L’économiste souligne également la responsabilité des partenaires économiques et financiers, tant publics que privés, dans la promotion de l’équité sur le marché.
Selon lui, les financements et accompagnements devraient être conditionnés à des critères stricts d’inclusion et de méritocratie. Il recommande aussi la mise en place d’audits réguliers pour s’assurer que les jeunes entrepreneurs sont évalués sur la viabilité économique, l’innovation et l’impact social de leurs projets, indépendamment de leur origine.
Responsabilité des jeunes entrepreneurs
Samuel Mulenda encourage également les jeunes entrepreneurs à renforcer la structuration et la professionnalisation de leurs entreprises afin de réduire les marges de discrimination.
Il les invite à :
Mutualiser leurs efforts à travers des réseaux professionnels et fédérations entrepreneuriales ;
Utiliser les médias économiques pour documenter les réalités du secteur ;
Investir dans la crédibilité, la traçabilité et la qualité de leurs produits et services afin de mieux se positionner sur le marché.
Une urgence économique nationale
Pour Samuel Mulenda, la concurrence tribalo-ethnique constitue une anomalie économique majeure qui affaiblit la méritocratie et compromet la croissance inclusive en RDC.
Corriger cette situation apparaît, selon lui, comme une priorité nationale pour construire un entrepreneuriat compétitif, attractif et durable, capable de soutenir le développement économique et social du pays.
La rédaction
