Des militaires béninois ont investi tôt ce dimanche la télévision publique, affirmant avoir « démis de ses fonctions » le président Patrice Talon et suspendu la Constitution. Ils ont proclamé la création d’un « Comité Militaire pour la Refondation (CMR) », avec le lieutenant-colonel Pascal Tigri nommé « président » de cette junte.
Selon le message diffusé à l’antenne, les putschistes dénoncent la « mauvaise gouvernance » : des détournements des leviers économiques, des attributions opaques de marchés publics, des impôts jugés « étouffants », ainsi que la mise au ban de tout acteur politique dissident, des arrestations arbitraires et des emprisonnements injustifiés.
Le CMR a également annoncé la dissolution de toutes les institutions, la suspension de la Constitution et l’interdiction des partis politiques. Toutes les frontières (terrestres, maritimes, aériennes) ont été fermées « jusqu’à nouvel ordre ».
Mais quelques heures plus tard, des sources proches du pouvoir assurent que la tentative de prise de pouvoir a échoué : l’armée régulière serait restée fidèle aux institutions, et le signal de la télévision publique a été repris. Le palais présidentiel, la résidence de Patrice Talon, n’aurait pas été investi, et le chef de l’État serait en sécurité.
Le pays vit à l’heure de l’incertitude : cette annonce explosive — si elle avait été effective — aurait marqué la première prise de pouvoir militaire depuis le retour à la démocratie en 1991. Mais la restauration rapide du contrôle par l’armée fidèle rend la situation fluide et alerte. Les prochains moments seront déterminants pour savoir si le pays retourne à l’ordre constitutionnel ou s’engage dans une crise profonde.
Pierre Kandayi
