La question des infrastructures routières au Kasaï refait surface, alimentée par une vive dénonciation de Joël Minga, militant du mouvement citoyen Lutte pour le Changement (LUCHA/Tshikapa). Au centre du débat : l’entreprise TOHA, adjudicataire des travaux de construction de la route Tshikapa–Kamako, et JMC, chargée des routes urbaines de Tshikapa.
En février 2024, l’ancien ministre des Infrastructures et Travaux Publics (ITP), Alexis Gisaro, lançait les travaux de cette route stratégique longue de près de 80 kilomètres. Le marché, d’un montant de 208,1 millions USD pour une durée de 30 mois, avait été confié à TOHA, une société dont la réputation controversée suscitait déjà des interrogations. À l’époque, le ministre avait tenté de rassurer : « Les erreurs du passé ne se répéteront plus. »
Près de deux ans après, les inquiétudes semblent légitimes. Sur le terrain, les travaux sont quasi à l’arrêt depuis près d’une année. Aucun engin n’est visible, les prestataires accumulent plusieurs mois d’arriérés, et les structures de contrôle — BTC et ACGT — sont pointées du doigt pour leur inertie.
Dans le même temps, TOHA a installé deux postes de péage à Kandjanji et Shamusanda. Les transporteurs opérant sur l’axe Tshikapa–Kamako y paient des tarifs jugés exorbitants : 100 USD pour les camions, 50 USD pour les véhicules légers et 5 000 FC pour les motos. Une situation perçue comme une double peine pour les usagers, contraints de financer une route dont l’avancement reste quasi inexistant.
Cette gestion décriée soulève des interrogations quant aux véritables protecteurs de TOHA. Les critiques s’intensifient, certains parlant d’un « système entretenu » au détriment de la population kasaïenne, déjà confrontée à d’énormes difficultés de mobilité et d’accès aux marchés.
Alors que les attentes étaient fortes pour désenclaver Tshikapa et fluidifier les échanges avec la frontière angolaise, la déception gagne du terrain. Les mêmes inquiétudes émergent du côté de JMC, entreprise en charge des routes urbaines de la ville. Après avoir démoli des constructions anarchiques pour libérer les emprises, ses travaux piétinent à leur tour. Les avenues Filaire, Likasi, de la Carrière et Kabangu restent dans un état critique, suscitant frustration et incompréhension.
Face à cette situation, la société civile et plusieurs acteurs locaux exigent des autorités provinciales et nationales des mesures urgentes pour remettre de l’ordre dans la gestion des chantiers. Les populations du Kasaï, qui attendent depuis des décennies une amélioration réelle de leur réseau routier, estiment qu’elles ne peuvent plus se permettre une énième déception.
Pierre Kandayi
