À Tshikapa, dans la province du Kasaï, la réalité économique contraste violemment avec les indicateurs monétaires. Alors que le taux de change connaît une baisse significative depuis plus d’un mois — passant de 2.800 FC à environ 2.100 FC pour 1 dollar — les prix des produits de consommation demeurent inchangés dans les marchés locaux. Une situation qui accentue la précarité des ménages déjà fragilisés par la conjoncture nationale.

Selon les constats réalisés sur le terrain, plusieurs familles qui parvenaient encore à assurer un repas journalier avec 28.000 FC, soit l’équivalent de 10 USD au taux d’il y a quelques semaines, se retrouvent désormais en difficulté. Avec 21.000 FC, valeur actuelle de 10 USD, les mêmes familles n’arrivent plus à se procurer un repas complet, les prix restant inflexibles malgré l’amélioration du taux de change.

Les produits les plus consommés et facilement observables illustrent parfaitement ce déséquilibre. Au moment où le dollar s’échangeait à 2.800 FC, la bouteille de bière Tembo se vendait à 5.000 FC, les Beaufort et Nkoy à 4.000 FC, la Likofi à 3.000 FC et la Sucrée à 2.500 FC. Aujourd’hui, avec un taux autour de 2.100 FC, ces tarifs restent exactement les mêmes, sans la moindre réduction.

Cette stagnation des prix, malgré la dépréciation du dollar, interroge et inquiète. Elle soulève des questions urgentes concernant les mécanismes de régulation économique, la surveillance des structures commerciales et la protection du pouvoir d’achat de la population. Dans les rues de Tshikapa, les habitants expriment leur incompréhension et leur frustration face à une situation qui semble défier toute logique économique.

Les regards se tournent vers le Ministère de l’Économie nationale qui, selon les consommateurs, doit intervenir pour garantir une réelle harmonisation entre le taux de change et les prix sur le marché. Beaucoup s’interrogent : combien de temps faudra-t-il encore attendre pour que les effets de la baisse du dollar se reflètent enfin dans le panier de la ménagère ?

Dans une ville où l’économie informelle domine et où la majorité vit au jour le jour, l’absence d’une répercussion effective du taux de change sur les prix devient un fardeau supplémentaire pour des familles déjà éprouvées. Les marchés de Tshikapa semblent figés dans une dynamique qui pénalise les plus vulnérables, tandis que la valeur de la monnaie continue d’évoluer sans impact tangible sur la vie quotidienne.

Pierre Kandayi

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