Sur l’axe routier Tshikapa–Kibulungu–Malongo, la scène est devenue presque banale : de jeunes garçons, parfois à peine âgés de 12 ou 13 ans, exercent difficilement le métier de colporteurs appelés « Muyanda » dans le jargon populaire avec des vélos surchargés de marchandises locales appelées breuses. Ces enfants colporteurs parcourent de longues distances pour rapporter de quoi nourrir leurs familles. D’autres, encore plus jeunes, sont retrouvés dans les sites miniers artisanaux de diamant, exposés aux dangers permanents d’effondrement et de maladies.
Interrogés, ces enfants affirment être envoyés par leurs parents, souvent par manque de moyens de subsistance. « Nous travaillons pour acheter de la nourriture », confie l’un d’eux, rencontré sur la route poussiéreuse. La majorité ne fréquente pas l’école, sacrifiant leur droit à l’éducation au profit de la survie quotidienne.
Un constat alarmant d’absence de protection
Ni le gouvernement provincial ni le gouvernement central ne semblent avoir pris de mesures concrètes pour protéger ces enfants contre l’exploitation économique. Les acteurs de la société civile dénoncent une indifférence coupable et rappellent que ces pratiques compromettent gravement l’avenir de toute une génération.
Des droits pourtant garantis par la loi
Pourtant, la législation congolaise est claire.
La Constitution de la RDC (2006, révisée en 2011) garantit le droit des enfants à la protection contre les violences, abus et exploitations.
Le Code de protection de l’enfant (Loi n°09/001 du 10 janvier 2009) interdit toute forme de travail qui met en danger la santé, la sécurité ou la moralité des enfants de moins de 18 ans.
Les conventions internationales, notamment la Convention relative aux droits de l’enfant (ratifiée par la RDC en 1990) et les conventions de l’Organisation internationale du travail (OIT n°138 et n°182), prohibent le travail des enfants et l’exploitation dans les pires formes, dont le travail minier.
Malgré ce cadre juridique robuste, la réalité sur le terrain contraste avec les textes. L’absence de mécanismes de contrôle efficaces et la pauvreté chronique des familles alimentent un cycle de violations continues des droits des enfants.
Un appel pressant à l’action
Les organisations locales et internationales de défense des droits humains appellent les autorités congolaises à agir urgemment : renforcer l’application des lois, soutenir l’accès gratuit et obligatoire à l’éducation, et mettre en place des alternatives économiques pour les familles vulnérables.
Sans mesures rapides, préviennent-elles, le Kasaï risque de voir grandir une génération sacrifiée, privée d’éducation et enfermée dans le cercle vicieux de l’exploitation.
Pierre Kandayi
