Le Rassemblement pour le changement du Congo (RCC), parti d’opposition républicaine cher à Barnabé Milinganyo Wimana Isombia, se montre favorable à l’initiative du président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo en faveur d’un dialogue national. La formation politique appelle toutefois à un processus ouvert à toutes les composantes de la société et permettant aux participants de contribuer réellement aux décisions qui engageront l’avenir du pays.

Interviewé à notre rédaction, Fidel Fido Saïd El Omar, secrétaire permanent du RCC, estime que la situation politique, sécuritaire et sociale de la République démocratique du Congo commande de privilégier la recherche du consensus.

Pour le responsable du RCC, l’ordonnance instituant le comité d’organisation constitue une étape préparatoire. La crédibilité des futures assises dépendra cependant des règles qui seront fixées, de la représentativité des participants et de la portée accordée aux propositions formulées.

Le RCC refuse le boycott

Le parti ne se range pas derrière l’option du boycott défendue par certains acteurs de l’opposition.

Fidel Fido Saïd El Omar considère que l’absence de l’opposition risquerait de laisser au pouvoir une marge excessive dans la conduite des travaux. À l’inverse, une présence sans conditions reviendrait à cautionner un mécanisme dont les règles auraient été établies sans véritable concertation.

La position du RCC se veut donc constructive : prendre part aux discussions tout en conservant sa liberté de proposition et de critique.

« Participer ne signifie pas cautionner », souligne le secrétaire permanent.

Une représentation à la hauteur des enjeux

Pour le RCC, la composition des assises sera déterminante.

Le parti souhaite que la majorité, l’opposition, la société civile, les confessions religieuses, les organisations professionnelles et les autres forces représentatives du pays puissent être associées aux travaux.

Il réclame également des critères transparents pour la sélection des participants et refuse que l’ordre du jour soit arrêté de manière unilatérale.

« La confiance ne se décrète pas par ordonnance ; elle se construit par des mécanismes équilibrés », estime Fidel Fido Saïd El Omar.

Les provinces doivent peser dans les discussions

Le RCC salue l’annonce de consultations dans les 26 provinces, mais souhaite que cette démarche débouche sur une véritable prise en compte des préoccupations exprimées sur le terrain.

Pour Fidel Fido Saïd El Omar, recueillir les avis des populations n’aurait qu’une portée limitée si les propositions formulées à la base ne retrouvaient pas leur place dans les travaux nationaux.

Les questions liées à la sécurité, aux conditions de vie, à l’emploi, aux institutions et au développement local doivent, selon lui, remonter jusqu’aux assises de Kinshasa.

La crise dans l’Est parmi les priorités

Le RCC estime également que la situation dans l’Est doit figurer parmi les grandes préoccupations nationales.

Fidel Fido Saïd El Omar distingue le dialogue politique interne du processus de Doha concernant l’AFC/M23. Il considère néanmoins que les assises nationales doivent réfléchir aux causes politiques, sécuritaires, économiques et géopolitiques de la crise.

« On ne peut pas construire une paix durable à Kinshasa en faisant abstraction de ce qui se passe au Nord-Kivu et au Sud-Kivu », affirme-t-il.

Gouvernance et avenir institutionnel

Le RCC souhaite que les discussions dépassent les seuls rapports entre acteurs politiques.

La gouvernance, la justice, la lutte contre la corruption, l’emploi des jeunes, la décentralisation et le fonctionnement des institutions figurent parmi les sujets que le parti entend voir examinés.

Sur les éventuelles réformes constitutionnelles, Fidel Fido Saïd El Omar appelle à juger le processus sur les actes plutôt que sur les intentions prêtées aux uns et aux autres.

« Le RCC ne veut pas d’un dialogue pour un troisième mandat. Le RCC veut un dialogue pour une nouvelle gouvernance », affirme-t-il.

Le RCC plaide pour la décrispation

Dans cette perspective, le parti revient sur la situation de son autorité morale, Barnabé Milinganyo Wimana Isombia, détenu depuis plus de trois mois à la prison de Makala.

Le RCC demande au président de la République d’envisager sa libération, qu’il considère comme un geste susceptible de favoriser l’apaisement politique.

Pour la formation de Barnabé Milinganyo, cette mesure permettrait également à son autorité morale de participer au processus et d’y porter la voix de son courant politique.

« Invite-nous à construire »

Au terme de son entretien avec notre rédaction, Fidel Fido Saïd El Omar appelle le chef de l’État à faire du dialogue un véritable cadre de construction nationale.

Le RCC affirme être disposé à prendre ses responsabilités et à contribuer aux discussions, à condition que les différentes sensibilités disposent d’une place effective dans le processus.

« Ne nous invitez pas simplement à participer ; invitez-nous à construire », conclut le secrétaire permanent du RCC.

La rédaction

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