Depuis une semaine, la situation sécuritaire au Nord-Kivu s’aggrave, alors que les rebelles du M23 avancent vers le Grand Nord, prenant en tenaille les territoires de Beni et Lubero, déjà meurtris par les attaques répétées des ADF. Entre occupation rebelle et violences armées, les populations locales sont confrontées à une crise humanitaire sans précédent.

Beni et Lubero pris en étau entre le M23 et les ADF

Dans le territoire de Beni, les ADF multiplient les attaques contre Mavivi, Mbau, Oicha, Eringeti et Kainama, contraignant les habitants à fuir leurs champs et aggravant l’insécurité alimentaire. Sur la route stratégique Oicha-Luna, reliant Beni et Butembo à l’Ituri, les embuscades meurtrières se succèdent, paralysant le corridor économique vital pour la région. À l’ouest, la route Mangina–Mandima, souvent utilisée comme itinéraire de contournement, est également sous haute menace.

Pendant ce temps, au sud, le M23 contrôle plusieurs localités du territoire de Lubero, notamment Kanyabayonga, Kayina, Kirumba et Kipese. Cette double pression des ADF et du M23 plonge les populations dans une peur constante, forçant des milliers de déplacés à survivre dans des conditions désastreuses.

L’UE suspend sa coopération militaire avec Kigali, la pression monte

Face à l’implication présumée des troupes rwandaises aux côtés du M23, l’Union européenne a annoncé la suspension des consultations en matière de défense avec Kigali. La Haute Représentante de l’UE pour les Affaires étrangères, Kaja Kallas, a également averti que des sanctions pourraient être prises si la situation ne s’améliore pas.

Cette annonce s’ajoute aux récentes décisions du Conseil de sécurité de l’ONU et des États-Unis, qui ont sanctionné le général rwandais James Kabarebe et Lawrence Kanyuka, porte-parole du M23. La Belgique a, quant à elle, suspendu sa coopération militaire avec Kigali, renforçant ainsi l’isolement diplomatique du Rwanda.

Crise alimentaire et humanitaire à Goma : le PAM tente une réponse d’urgence

À Goma, sous occupation du M23, les prix des denrées alimentaires ont explosé : la farine de maïs a augmenté de 67 %, le sel de 43 % et l’huile végétale de 45 %, selon le Programme alimentaire mondial (PAM). En réponse, l’agence onusienne a partiellement repris la distribution de vivres aux enfants souffrant de malnutrition aiguë, bien que l’accès aux populations vulnérables reste un défi.

Par ailleurs, environ 5 000 familles de militaires et de policiers, réfugiées dans des écoles, sont confrontées à des bouclages répétés des rebelles. Ces familles, souvent suspectées de cacher des combattants, vivent dans la peur et l’incertitude, alors que les rebelles exigent leur départ pour permettre la reprise des cours.

Exécutions et découvertes macabres à Goma : le M23 accusé

Le week-end dernier, une découverte macabre a secoué la ville de Goma : une dizaine de corps criblés de balles ont été retrouvés près du camp militaire de Katindo. Des vidéos et témoignages circulant sur les réseaux sociaux évoquent une exécution sommaire de jeunes hommes, possiblement enlevés lors d’incursions nocturnes du M23.

Certaines sources affirment qu’il s’agirait d’un groupe de jeunes pris dans un lieu de consommation de drogue, tandis que d’autres avancent l’hypothèse d’un recrutement forcé ayant mal tourné. Dans ce climat de terreur, des cas de violences sexuelles ont également été signalés, renforçant le sentiment d’insécurité parmi les habitants.

Face à cette escalade de la violence, la communauté internationale continue de hausser le ton contre Kigali, tandis que la population, prise en otage par les conflits, endure l’une des pires crises humanitaires de ces dernières années.

Pierre Kandayi

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