La situation sécuritaire demeure alarmante dans la chefferie de Batangi Sud, en territoire de Lubero (Nord-Kivu), où des cas répétés de pillages et de tueries sont signalés depuis plusieurs mois dans les entités sous contrôle des rebelles du M23.
Selon plusieurs témoignages recueillis sur place, les premières exactions remontent au mois de mars 2026. À Kirumba, notamment dans les quartiers Katero, Kasungano et les environs, des hommes armés non identifiés ont commencé à cibler les opérateurs économiques et les commerçants. Ces derniers seraient régulièrement menacés de mort s’ils refusaient de remettre de l’argent ou des biens.
« Ils viennent souvent la nuit, frappent à la porte et exigent qu’on leur donne l’argent. Ils disent qu’ils savent que nous sommes commerçants ou éleveurs », confie un habitant sous couvert d’anonymat.
Au fil des mois, la situation n’a cessé de se détériorer. Malgré des réunions publiques organisées par les rebelles, affirmant être des « protecteurs » de la population, les habitants dénoncent une contradiction entre ces discours et la réalité sur le terrain.
Au mois de mai, un boucher connu comme fournisseur de chèvres a été tué, suivi de plusieurs cas de pillages dans la commune. En juin, un infirmier, identifié comme Papa Moïse, a été victime d’une attaque à son domicile. Les assaillants lui ont exigé de l’argent lié à son élevage de bétail. Grièvement blessé, il a succombé à ses blessures après son transfert dans une structure sanitaire.
En juillet, les violences se sont étendues à d’autres localités, notamment Mighobwe et Kanyabayonga. Des habitations ont été cambriolées, y compris celle d’un enseignant ainsi que plusieurs ménages situés dans la parcelle dite « Sentinelle », appartenant à une coopérative locale.
En ce mois d’août, la situation reste critique. Le quartier Kasungano, à Kirumba, a récemment été la cible de nouveaux pillages. Malgré les tentatives d’alerte de la population, notamment à travers des signaux sonores nocturnes, aucune intervention n’a été enregistrée.
Plus inquiétant encore, des sources locales rapportent que lors de certaines réunions, des éléments assimilés au M23 auraient demandé à la population de cesser toute alerte nocturne, suscitant davantage de méfiance et de crainte.
Par ailleurs, les habitants dénoncent l’imposition de taxes illégales sur les activités privées, notamment dans les structures sanitaires et les commerces. Dans la zone de santé de Kayna, chaque infirmier serait contraint de payer environ 10 dollars au titre de « frais d’aptitude physique », touchant au moins 23 structures de santé.
Un agent de santé aurait également été arrêté, accusé de collaborer avec un député national élu de Lubero, dans une affaire que la population considère comme une tentative d’intimidation supplémentaire.
Face à cette insécurité persistante, les habitants de Kirumba et des localités environnantes lancent un appel pressant aux autorités provinciales et nationales, ainsi qu’aux partenaires internationaux, pour une intervention urgente afin de restaurer la sécurité et protéger les civils.
La situation humanitaire dans cette partie du Nord-Kivu continue de se dégrader, dans un contexte marqué par la présence de groupes armés et l’absence d’une réponse sécuritaire efficace.
La Rédaction
