L’annonce de l’introduction de l’épreuve orale d’anglais aux examens d’État en République démocratique du Congo suscite de vives réactions dans l’opinion éducative. Présentée comme une réforme visant à renforcer l’ouverture internationale du système éducatif congolais, cette décision apparaît, pour de nombreux observateurs, en décalage profond avec les réalités actuelles de l’enseignement en RDC.

Pays historiquement et institutionnellement francophone, la RDC fait face à un défi structurel majeur : le faible niveau de maîtrise de l’anglais chez une grande partie des enseignants du primaire et du secondaire. Dans plusieurs provinces, l’anglais est enseigné de manière théorique, souvent limitée à des notions de base, sans réelle pratique orale. Introduire une épreuve orale nationale dans ce contexte revient, selon l’expression populaire, à « demander de l’eau dans un poulailler ou de la fumée dans une boîte de feuilles ».

Le problème n’est pas l’ambition de promouvoir l’anglais, langue internationale incontournable dans les domaines scientifique, diplomatique et économique. Le véritable enjeu réside dans la méthode et le calendrier. Une réforme éducative d’une telle ampleur exige des préalables solides : un programme clair, progressif et harmonisé, ainsi qu’un renforcement significatif des capacités des enseignants. Or, à ce jour, peu d’enseignants ont bénéficié de formations continues approfondies en anglais oral, encore moins de certifications pédagogiques adaptées à un examen national à fort enjeu.

Les disparités provinciales accentuent davantage les inquiétudes. Assimiler les réalités éducatives de Kinshasa à celles des provinces enclavées constitue une erreur d’analyse. Dans plusieurs zones rurales, le manque d’enseignants qualifiés, l’insuffisance de supports pédagogiques et l’absence d’un environnement linguistique favorable rendent l’apprentissage effectif de l’anglais particulièrement difficile. Une épreuve orale standardisée, appliquée uniformément sur toute l’étendue du territoire national, risque de creuser davantage les inégalités scolaires.

Cette décision comporte également des risques éthiques. En l’absence de compétences réelles chez les élèves, la tentation de pratiques frauduleuses devient élevée, notamment lorsque des enseignants sont appelés à « assister » excessivement les candidats. Une telle situation porterait atteinte à la crédibilité des examens d’État et à l’équité du système éducatif.

Le ministère de l’Enseignement primaire, secondaire et technique est ainsi interpellé sur la nécessité de revoir l’approche. Avant toute généralisation de l’oral d’anglais aux examens d’État, une phase transitoire s’impose, axée sur la formation intensive des enseignants, l’évaluation des capacités existantes par province et l’adaptation progressive des programmes scolaires. Une réforme bien orientée doit s’appuyer sur des données probantes, une planification rigoureuse et une prise en compte réelle du contexte socio-éducatif national.

Dans un secteur aussi sensible que l’éducation, la précipitation peut transformer une bonne intention en source de déséquilibres durables. L’avenir linguistique des élèves congolais mérite une réforme réfléchie, inclusive et adaptée aux réalités du pays.

Rédaction

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