Luebo, autrefois chef-lieu du district du Kasaï, est aujourd’hui un territoire en voie de disparition. Situé à 213 kilomètres au nord-est de Tshikapa, le centre administratif historique du territoire se dégrade sous le poids du temps, du sable et du silence des autorités.
Des infrastructures à l’agonie
Sur le plan infrastructurel, la situation est alarmante. La route reliant Ndjokopunda au centre de Luebo est presque impraticable. Même en pleine cité, le tronçon menant du parking au pont Lulua, en passant par l’église catholique, illustre le désastre : ravins béants, poussière, et absence totale d’entretien.
Les têtes d’érosion progressent à une vitesse vertigineuse, avalant peu à peu les rares bâtiments encore debout. Le bâtiment administratif du territoire, le tribunal de grande instance, le couvent des pères (transformé en hôtel), ou encore le commissariat de la PNC (CIAT), ne sont plus que l’ombre d’eux-mêmes. Le marché central est lui aussi menacé d’effondrement.
La cause majeure ? La nature sablonneuse du sol de Luebo, instable et fragile, qui cède facilement à la moindre manipulation.
Une population résignée et une administration absente
Le constat sur le terrain est désolant. Les travaux communautaires sont devenus un tabou, les herbes envahissent les maisons et les bureaux administratifs, y compris ceux des cours et tribunaux.
Interrogée sur la situation, une partie de la population estime que « Luebo n’a plus d’avenir ».
Selon certaines sources locales, l’administrateur du territoire aurait confirmé la délocalisation de la cité vers le village Kanyinga-Nyinga, dans le cadre du Programme de développement local des 145 territoires. Une décision qui, selon plusieurs habitants, s’apparente à un abandon pur et simple du vieux Luebo aux ravins.
Des autorités locales impuissantes
Malgré les promesses et les visites officielles, rien de concret ne semble se dessiner. Le député national Léon Mubikay a tenté d’apporter sa contribution, mais celle-ci demeure dérisoire face à l’ampleur du désastre. Le gouverneur du Kasaï, de son côté, aurait promis un appui en carburant pour relancer les travaux communautaires — promesse restée sans suite.
Le paradoxe est d’autant plus frappant que Luebo a vu naître plusieurs figures politiques nationales, dont Olivier Tombe, ancien ministre des ITP dans le gouvernement Pieme II, et Jean Dellors Kabamba, ex-ministre de la Jeunesse et de la Culture. Malgré leur passage au gouvernement, leur terre d’origine s’enfonce dans la désolation.
Entre mémoire et oubli
Luebo aurait pu prétendre au statut de chef-lieu provincial, mais dans quel état ? Les infrastructures héritées de la colonisation belge disparaissent les unes après les autres, englouties par la terre.
La responsabilité, il faut le dire, est collective — entre autorités absentes, élites silencieuses et population désengagée.
« Ma plume pour l’éveil de la conscience » — il est temps que Luebo retrouve sa place dans la mémoire et l’action, avant qu’il ne soit trop tard.
Pierre Kandayi
