Chaque année, des universités et institutions supérieures de la République Démocratique du Congo délivrent des diplômes de doctorat à de nouveaux récipiendaires. Un signe qui, à première vue, témoigne d’un dynamisme académique et d’une vitalité intellectuelle. Pourtant, ce phénomène contraste douloureusement avec la réalité de notre système éducatif de base, encore cloué au sol et abandonné à son triste sort. Comment expliquer qu’un pays puisse produire des docteurs, alors que ses enfants peinent à apprendre à lire et à écrire correctement dès le primaire ?

Les causes profondes d’un déséquilibre

Plusieurs facteurs expliquent ce paradoxe :

1. Priorités budgétaires mal orientées : Le financement alloué à l’enseignement supérieur reste disproportionné comparé à celui destiné à l’enseignement primaire et secondaire. L’État investit davantage dans la production d’élites, au détriment de la formation de masse.

2. Politisation et marchandisation des diplômes : Le doctorat est devenu un instrument de prestige social et politique. Dans certains cas, il est obtenu plus pour le statut qu’il confère que pour l’apport scientifique réel.

3. Défaillance de la gouvernance éducative : Le manque de planification cohérente fait que les réformes se succèdent sans jamais répondre aux besoins fondamentaux de l’école primaire : infrastructures délabrées, enseignants mal payés et mal formés, effectifs pléthoriques.

4. Inégalités sociales criantes : Les familles aisées investissent dans l’enseignement supérieur, souvent à l’étranger, tandis que les enfants issus de milieux défavorisés restent piégés dans un système primaire appauvri et abandonné.

Qui profite de cette inflation de diplômes doctoraux ?

La prolifération des diplômes doctoraux avantage en premier lieu une minorité d’individus :

Les élites politiques qui utilisent ces titres pour asseoir leur légitimité.

Les bénéficiaires directs qui accèdent à des postes lucratifs dans l’administration publique ou les institutions internationales.

Certaines universités privées qui transforment la quête du savoir en véritable commerce.

Pendant ce temps, le peuple congolais — surtout les enfants du village, de la périphérie et des zones de conflit — paie le prix fort. Faute d’une éducation de base solide, ils restent exclus du système, perpétuant ainsi un cycle de pauvreté et de marginalisation.

Pour une éducation équilibrée et équitable

Le pays ne peut continuer à ériger des tours académiques sur un socle pourri. Le doctorat n’a de sens que s’il repose sur une pyramide éducative solide, dont la base est une école primaire accessible, gratuite, de qualité, et équitable.
Investir massivement dans l’enseignement de base n’est pas un luxe, mais une urgence nationale. Car un peuple sans fondement éducatif demeure prisonnier de l’ignorance, même s’il produit mille docteurs chaque année.

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